| Besson dévoile son
projet de multiplexe
EuropaCorp.
construira un multiplexe de 16 salles à Marseille, ville fétiche de Luc
Besson. Le réalisateur d'ANGEL-A explique comment et pourquoi il compte
investir dans un projet qu'il veut unique, au moins dans sa conception.
Qu'est-ce qui a poussé
EuropaCorp., à répondre à l'appel d'offres d'EuroMed ?
Il y a déjà une belle histoire entre Marseille et
EuropaCorp..
Nous y avons tourné trois TAXI
et un TRANSPORTEUR.
À ces occasions, nous avons connu pas mal de monde : le maire, la police
et les pompiers de la ville, les gens du port, le préfet aussi. Sans
compter les amis que j'ai dans la région depuis longtemps. Il était donc
normal qu'on soit mis au courant. On s'est alors piqué au jeu et
inscrits aux côtés des autres projets en lice.
Avec ce multiplexe
EuropaCorp. doit
intégrer un nouveau métier ? Je n'ai pas cette impression.
L'exploitation découle directement de la production et de la
distribution. Quant à la technique, de projection et d'acoustique
notamment, je pense être aussi un peu au courant. J'ai construit six
audis. En Normandie, ils sont déjà préfigurés en 10+1, la norme qu'est
en train de déposer George Lucas. Surtout, j'ai toujours eu le soucis de
l'accueil et du confort du public. Cela fait 20 ans que je fais des
tournées dans les cinémas de France et à l'étranger. La salle est tout
sauf un objet étranger pour
EuropaCorp..
De là à investir vraiment
EuropaCorp.
dans l'exploitation de salles ? Il n'est pas question de constituer
un circuit. Nous fonctionnons au coup de cœur. Marseille en est un. Il y
aura peut-être d'autres coups de cœur, pour une ville ou pour une
autre...
Quels sont vos atouts face à UGC
et EuroPalaces sur Marseille ? Je veux tout d'abord saluer le
travail réalisé par UGC, Pathé et Gaumont depuis 15 ans. La concurrence
menée par les circuits sur les multiplexes a été au bénéfice des
spectateurs. Sur le projet de Marseille, je crois que c'est la nouveauté
qui l'a emporté. Les docks sont un lieu à part. Leur réaménagement
nécessitait des gens nouveaux, avec un projet unique. UGC avait eu une
expérience malheureuse qui n'a pas laissé de bons souvenirs dans
l'esprit des Marseillais. Quant à EuroPalaces, ils sont déjà très
implantés dans la région et un multiplexe de plus aurait été vécu comme
une situation monopolistique.
En quoi votre multiplexe
sera-t-il unique ? Il est tôt pour le dire, mais nous nous
emploierons à ce qu'il le soit. La partie créative est celle qui
m'intéresse le plus. J'ai pris l'habitude de noter des petites choses à
chaque déplacement dans les cinémas, à Paris, en province comme à
l'étranger. L'accumulation de ces petites choses peut déjà faire une
grosse différence. Le but est de donner l'envie au spectateur de quitter
son petit écran pour le grand. Le motiver en lui offrant un service
unique qu'il n'aura jamais lui.
Il a été dit que vous alliez
tourner un film à Marseille en prévision de l'inauguration en 2008 du
multiplexe, dont le coût pour vous est de 10 M€ ? Oui, pour les
10 M€ et pour l'idée du film née dans l'enthousiasme du concours. Ce
serait génial de trouver une belle histoire qui se déroule à Marseille
et de la présenter en avant-première dans le nouveau multiplexe. Ce sera
un film EuropaCorp. mais je ne le réaliserai pas personnellement.
L'activité exploitation comprend
aussi la programmation, sujet particulièrement complexe actuellement...
Je mettrais un point d'honneur à ce que les choses se fassent dans la
bonne humeur, et que les relations soient les meilleures possibles avec
nos camarades exploitants et distributeurs. Il n'est pas question d'être
agressif, ni d'arriver en pays conquis. Simplement, la ville est
sous-équipée aujourd'hui. Plus il y aura de proposition, plus il y aura
d'entrées chez nous comme chez nos voisins. Et le cinéma en général ne
peut que mieux s'en porter. Je crois beaucoup dans l'harmonie entre les
opérateurs.
La situation n'est pourtant pas
très harmonieuse en cette fin d'année ? Je suis navré au regard
du mois de décembre, où un nombre incroyable de films sortent en même
temps. Plusieurs bons films, français notamment, vont en souffrir, ne
serait-ce que parce qu'ils ne trouveront pas les salles qu'ils méritent.
Vous-même sortez
ANGEL-A le 21
décembre. Un nouveau Besson c'est assez déstabilisateur pour les autres
films programmés auparavant ? Nous avons placé le film il y a
longtemps, avant beaucoup d'autres qui se sont ajoutés depuis. On peut
s'étonner aussi que des superproductions, qui vont nécessairement
inonder le marché, s'accrochent à cette date alors qu'elles sont loin
d'être cahevées. Je pense à KING-KONG bien-sûr.
Et vous comment envisagez-vous
la sortie d'ANGEL-A ? C'est une
surprise. Mais vous verrez bien qui aura fait des efforts en termes de
nombres de copies.
Sophie Dacbert, Le
Film Français n°3126, du 18 novembre 2005 |